ÉLÉVATIONS SUR SAINT JOSEPH
Dom Bernard Maréchaux
II - Le Fils Rédempteur du monde et saint Joseph
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II
Le Fils Rédempteur du monde et saint Joseph
Fili Redemptor miundi Deus, misorere nobis.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Les hommes rachetés par le Fils de Dieu tiennent tout de Lui ; ils sont dans une pleine dépendance vis-à-vis de sa grâce et de ses mystères : on ne peut concevoir que le Fils de Dieu leur soit débiteur en aucune sorte, sinon en tant qu’il impute comme fait à lui-même ce qui est fait à quelqu’un de ses membres, au plus petit d’entre les siens.
Mais le Fils de Dieu, dans son humanité, s’est constitué vraiment et proprement débiteur vis-à-vis de deux êtres privilégiés : Marie et Joseph.
Il doit à Marie sa nature humaine ; il doit à Joseph la conservation de sa vie terrestre, il lui doit sa sécurité et même son honneur.
Jésus, né de Marie, a germé sur un fonds qui appartenait à saint Joseph ; et de ce chef, celui-ci a sur son humanité des droits incontestables.
Mais de plus, saint Joseph a abrité, protégé, alimenté et défendu la vie terrestre, si délicate et si menacée, du Fils de Dieu. Il a sauvé le Sauveur du monde ; il a nourri le Pain vivant ; il a conservé le Froment du ciel pour l’humanité affamée.
Innombrables sont les services rendus au Fils de Dieu par notre saint, et rendus avec quel dévouement, quelle fidélité, quel amour !
Or ces services nous font apprécier la mesure comme illimitée de grâce que le Fils de Dieu a départie, dès les commencements de sa vie, à celui qui devait lui être un père.
Nous nous représentons très justement le Fils de Dieu qui du sein de son éternité .veille sur Marie sa future mère ; et qui, au moment où elle est appelée à l’existence, éloigne d’elle la souillure du péché, la soustrait à l’infernal serpent, et la remplit d’une plénitude de grâce.
On ne saurait mettre en doute que le même Fils de Dieu n’ait prévenu celui qu’il devait nommer son père de bénédictions très spéciales.
Que furent ces bénédictions ? On ne peut le savoir avec certitude. Il y a, dans la personne de saint Joseph, un côté toujours mystérieux. Mais on peut former quelques conjectures, appuyées sur des analogies très plausibles.
Le privilège de Marie d’avoir été exemptée de la faute originelle est unique et doit rester unique. A elle seule, l’application totale de la grâce rédemptrice.
Mais saint Joseph a pu être sanctifié, dès le sein de sa mère, par une grâce exceptionnellement prévenante, comme l’a été saint Jean-Baptiste. Il est légitime de penser que cette latente infusion de lumière et de grâce rentre dans l’harmonie des hautes dignités auxquelles Dieu le prédestinait.
Nous permettra-t-on d’esquisser à ce sujet un parallélisme qui nous paraît saisissant ?
Jésus, dès son entrée en ce monde, a Voulu être le bien de Marie sa mère ; avant sa naissance, il devint le bien de Joseph, à savoir quand l’ange apprit à celui-ci le mystère de la conception virginale de son épouse ; à sa naissance, il devient notre bien à tous et le bien de chacun de nous.
Or l’ordre de la sanctification des âmes répond à cet ordre de donation de Jésus. Sa conception en Marie sanctifie la conception de Marie ; sa naissance sanctifie notre naissance, par le baptême. Et comme il a été révélé et donné à Joseph avant que de naître, n’est-il pas légitime de conclure qu’il a sanctifié son futur père avant que celui-ci ait vu la lumière du jour ?
O saint Joseph, l’Église nous autorise à plaider pour vous une pareille faveur.
Destiné à être le père du Fils de Dieu, il fallait que celui-ci prît possession de vous avant l’heure marquée pour la sanctification du commun des hommes.
Jésus avant sa naissance vous a été donné de la part de Dieu pour fils ; il a voulu être votre Sauveur dès avant votre naissance. Quoi de plus juste !
Il est impossible qu’une créature possède son créateur mieux que celui-ci ne la possède.
Marie a possédé Jésus à son entrée au monde ; Jésus l’a possédée elle-même dès sa création.
Joseph est entré en possession de Jésus caché dans le sein virginal de Marie ; Jésus a pris possession par sa grâce de son père adoptif, alors que celui-ci était encore dans le sein maternel.
Quant à nous, c’est à notre naissance que Jésus nous fait siens par le baptême ; car c’est par sa naissance qu’il s’est donné à nous.
Louons Jésus de ce qu’il a fait pour saint Joseph, encore que ce mystère de grâce demeure enseveli dans une pénombre mystérieuse, tandis que le privilège de Marie est mis en pleine lumière.
Louons-le de ce qu’il a fait pour nous, en nous sanctifiant par la grâce de sa naissance.
Et prions saint Joseph qu’il fasse fructifier cette grâce en nos cœurs.
Prions aussi ce grand saint qu’il veille sur les enfants dans le sein maternel, et les fasse arriver heureusement au saint baptême.