
Septembre : mois consacré au Rosaire

Histoire du Rosaire
Les origines
Dès les premiers temps de l’Église, Marie est unie à son Fils Jésus dans l’amour des chrétiens et la prière des fidèles.
Au IIIe siècle, on se tourne vers Marie en reprenant les paroles de l’ange Gabriel à l’Annonciation: « Je vous salue, pleine de grâce ».
Au IXe siècle, l’antienne de l’offertoire du 4e dimanche de l’Avent ajoute à la salutation de l’ange à Marie l’exclamation d’Elisabeth lors de la Visitation. Seul est ajouté au texte le nom de Marie. Ce sera, jusqu’à la fin du XVe siècle, la première expression du Je vous salue Marie.
Au XIIe siècle, la dévotion à Marie prend une importance considérable en Occident. Cette antienne de l’Ave Maria devient une prière populaire que l’on aime à répéter, comme à la même époque, en Orient, on répète le nom de Jésus dans ce qu’on appelle la prière du coeur. Dans les monastères, elle remplace peu à peu les Pater Noster que récitent les frères convers pendant que les moines chantent les psaumes en latin. Les cordelettes à noeuds puis les bouliers à grains inventés, peut-être sous l’influence des musulmans rencontrés lors des pèlerinages en Terre Sainte ou lors des premières Croisades, pour compter les psaumes et les Notre Père, vont être utilisés dès lors pour compter les Je vous salue Marie. On parle du Psautier de Marie.
Au XIIIe siècle, la grande mystique sainte Gertrude ajoute le nom de Jésus en conclusion du Je vous salue Marie.
Au XIVe siècle, on aime couronner les statues de la Vierge avec des petits chapeaux de fleurs ou chapelets, ou avec des guirlandes de roses ou rosaires, comme ceux dont on coiffait les jeunes filles aux jours de fête. C’est alors qu’on baptise de ces jolis noms les cordelettes et les bouliers qui servent à compter les Pater et les Ave. Chaque Ave Maria est comme une rose offerte à la Vierge Marie!
Dominique le Chartreux père du Rosaire
Au XVe siècle, en Prusse, le prieur de la Chartreuse de Trèves conseille à un novice de réciter chaque jour cinquante Ave Maria en méditant la vie de Jésus. Le jeune chartreux Dominique rédige alors 50 courtes méditations, ou clausules, non seulement en latin mais aussi en allemand. Son prieur est séduit par cette proposition nouvelle et l’envoie à divers monastères de son ordre. Puis Dominique rédige une série de trois fois 50 clausules, en parallèle avec les 150 psaumes. Peu à peu, pour faciliter la mémorisation, on passe à l’usage de regrouper les Ave en quinze dizaines, toutes introduites par un Pater. On réduit ainsi le nombre de clausules qui passe de 150 à 15. Le Rosaire est né. Par la suite, on réserve l’usage du mot « Rosaire » aux quinze dizaines, chapelet n’en désignant que cinq. C’est au frère Alain de la Roche, né en Bretagne en 1428, entré dans l’Ordre des prêcheurs (dominicains) que l’on doit sa diffusion. Il prêche en Flandre puis à Lille où, en contact avec des monastères chartreux, il découvre les clausules de Dominique de Prusse qui l’enthousiasment. Alain de la Roche devient le grand apôtre du Rosaire. Il prône la création des Confréries du Rosaire dont le succès est immense, jusqu’en Italie et dans le reste de l’Europe occidentale.
Curieusement, Alain de la Roche attribue l’origine du Rosaire à saint Dominique, le fondateur de son ordre, mort en 1221! Bien que sans aucun fondement historique, cette légende sera répétée jusqu’à une époque très récente.
À la fin du XVe siècle, apparaît la formule «Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs». L’adjectif «pauvres» accolé à «pécheurs» est ajouté plus tard.
La prière du peuple chrétien
Au XVIe siècle, l’imprimerie permet de multiplier les livrets ornés de gravures représentant les « mystères » choisis pour les méditations.
En 1571, le Pape Pie V, dominicain, institue comme fête de Notre-Dame du Rosaire le 7 octobre, déjà fête de la confrérie, en action de grâce pour la victoire de Lépante sur les Turcs considérée comme un miracle obtenu par la prière du Rosaire dans laquelle toute la chrétienté s’est impliquée à sa demande.
En 1572 le même Pie V officialise la liste des quinze mystères. Le Rosaire devient la prière du peuple chrétien.
Au long des siècles, de grands chrétiens vont y attacher leur nom.
Au XVIIIe siècle, Louis-Marie Grignion de Montfort est le grand apôtre du Rosaire.
Au XIXe siècle Pauline Jaricot lance le Rosaire vivant; à la grotte de Lourdes, en 1858, Bernadette Soubirous récite le chapelet avec la Sainte Vierge; Bartolo Longo fonde à Pompéi un sanctuaire dédié à la Vierge du Saint Rosaire; le Pape Léon XIII consacre à la prière douze encycliques, ce qui le fait appeler « le Pape du Rosaire ».
Au XXe siècle, à Fatima, en 1917, la Vierge elle-même déclare à trois enfants: « Je suis Notre-Dame du Rosaire. Je suis venue pour exhorter les fidèles à réciter chaque jour le chapelet, à faire pénitence pour leurs péchés et à changer de vie ».
En ce début du XXIe siècle, Jean-Paul II proclame une année du Rosaire. Il lance un cri poignant à tous les chrétiens: « Que mon appel ne reste pas lettre morte » et ajoute aux quinze mystères, joyeux, douloureux, glorieux, des « petits nouveaux », les cinq mystères lumineux.
Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse

Saint Jean-Baptiste de la Salle, fondateur des Frères des Ecoles chrétiennes (1651-1719).
Ces enseignants dévoués qui sont devenus saints
Au fil des siècles, l’Église catholique a mis en lumière la vie de nombreux éducateurs qui ont su transmettre la foi et les valeurs chrétiennes de manière exemplaire. Ce sont de formidables intercesseurs pour les enseignants d’aujourd’hui.
La Journée Mondiale des enseignantes et des enseignants, ce 5 octobre, est l’occasion de prier pour tous les enseignants de France et du monde entier qui travaillent et s’investissent avec dévouement pour les enfants et les jeunes d’aujourd’hui. Pour cela, vous pouvez recourir à ces saints et à ces bienheureux qui ont consacré leur vie à l'enseignement et qui seront de merveilleux intercesseurs pour les enseignants et les éducateurs du monde entier.
1 - SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE
Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719) fonda de nombreuses écoles chrétiennes, ainsi que la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, vouée à la formation et à l’enseignement des jeunes, notamment des plus démunis. À son époque, il fut innovateur dans le domaine de la pédagogie, en donnant une importance à chaque aspect de l’éducation, à la fois chrétienne, intellectuelle et pratique.
2 - SAINTE ELIZABETH ANN SETON
Elizabeth Ann Seton (1774-1821) était américaine, originaire d’une famille épiscopalienne, mère de cinq enfants. Quand elle fut veuve, à l’âge de 29 ans, elle se convertit au catholicisme. Elle fonde la première congrégation religieuse féminine et les premières écoles catholiques des États-Unis.
Elizabeth Ann Seton, la fondatrice de la charité américaine
Elizabeth Ann Seton, la fondatrice de la charité américaine
3 - SAINT ALBERT LE GRAND
Saint Albert le Grand (1200-1280) était un frère dominicain allemand, philosophe, scientifique et évêque. Homme de grande culture, il a écrit de nombreuses œuvres, et a enseigné dans beaucoup d’universités. Il eut pour élève le jeune Thomas d’Aquin.
4 - SAINTE CATHERINE DREXEL
Brillante éducatrice américaine, sainte Catherine (1858-1955) a utilisé la richesse de sa famille pour fonder de nombreuses écoles aux États-Unis, s'intéressant particulièrement au bien-être matériel et spirituel des Noirs américains et des Amérindiens.
5 - SAINT ALPHONSE DE LIGUORI
Fondateur de la congrégation des Rédemptoristes, saint Alphonse (1696-1787) eut une vie intense de prédicateur, parcourant l'Italie entière pour prêcher l'Évangile, notamment aux paysans des zones rurales. Il aimait enseigner la foi en utilisant des méthodes innovantes, par exemple en utilisant la musique.
6 - SAINTE ANGÈLE MERICI
Fondatrice de la communauté religieuse des Ursulines en Italie, sainte Angèle (1474-1540) a passé la majeure partie de sa vie à enseigner. Elle a également fondé un programme de formation pour enseignantes, afin que d'autres religieuses puissent se joindre à son travail.
7 - SAINT JEAN BOSCO
Saint Jean Bosco (1815-1888) est l’un des grands noms de l’éducation catholique, car sa vie entière a été consacrée à l’éducation des jeunes garçons issus de milieux défavorisés. Au cours de sa vie, il a fondé de nombreuses écoles catholiques, dans la région nord de l’Italie, à une époque profondément anticléricale.
8 - SAINT LOUIS DE GONZAGUE
Saint Louis (1568-1591), jeune italien, aimait enseigner la foi chrétienne aux pauvres. Il entre dans la Compagnie de Jésus, en renonçant à ses titres et à sa richesse, et très vite, il se distingue par sa foi et sa ferveur. Il meurt très jeune, à l’âge de 23 ans, après avoir porté un pestiféré sur ses épaules, pour l’emmener à l’hôpital.
9 - SAINT JEAN DE KENTY
Prêtre, théologien et professeur d'Écriture Sainte à l’Université de Cracovie, saint Jean de Kenty (1390-1473) a consacré sa vie à l'éducation et aux actes de charité. Il fut recteur d’une école, puis directeur du département de théologie à l’Université de Cracovie. Il se fit remarquer notamment pour sa compassion et sa générosité envers les étudiants les plus pauvres.
10 - SAINT JOSEPH CALASANZ
Saint Joseph Calasanz (1557-1648), espagnol, était un éducateur dévoué et le fondateur des Piaristes, une congrégation religieuse destinée à l’éducation. Au cours de sa vie, il rassembla de nombreux enfants pauvres et errants de Rome pour leur donner une instruction.
Aleteia - Tess Barber - Aline Iaschine


Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)
Matthieu, aussi appelé Lévi dans l’Évangile ( Mt 9,9 ; 10,3 ), a été appelé par Jésus alors qu’il était assis à son bureau de collecteur d’impôt, et il a fait partie de la deuxième fournée de six apôtres « choisis » ( Jn 6,70 ), « institués » ( Mc 3,14 ) et « établis » ( Mc 3,16 ) par le Christ Jésus « pour être avec lui » ( Mc 3,14 ) et le connaître au long de ses trois années de vie publique, afin qu’ils puissent être ses fiables « témoins » ( Lc 24,48 ) et le fondement de l’Église. On dit même qu’il a été appelé le dernier, et que tous les autres étaient relativement choqués de devoir accueillir parmi eux un collecteur d’impôts qui avait une si mauvaise réputation, mais Matthieu avait pris la décision de quitter sa vie passée et de s’ouvrir totalement au Christ.
Ensuite, après la Pentecôte, étant parmi les plus lettrés des apôtres, il sera, selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée, missionné par les Douze pour fixer par écrit, « dans la langue des Hébreux », c’est-à-dire dans sa langue maternelle, l'araméen , l’enseignement oral que les apôtres ont donné publiquement en Israël pour attester que Jésus est bien le Messie attendu, annoncé par l’Écriture et les prophètes. Plus tard, sur les traces de la tribu de Lévi, il partira évangéliser sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie, avant d’être martyrisé, selon la tradition, en 61, à Naddarer, dans le sud de l’Égypte, non loin de la frontière, dans ce qui est aujourd’hui le nord du Soudan.
Les raisons d'y croire
Le processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu est de mieux en mieux connu aujourd’hui, de même que le contexte culturel, économique, linguistique, intellectuel, matériel et liturgique d’Israël au 1er siècle, et tout cela conduit à confirmer la rapidité et la fiabilité de la genèse des textes du Nouveau Testament.
Comme pour tous les apôtres, le changement de comportement de Matthieu entre le moment de la Passion, où tous sauf Jean ont abandonné le Christ, et le moment de l’évangélisation où ils ont tout donné pour lui, qui ne peut s’expliquer que par les « nombreuses preuves » ( Ac 1,3 ) données par Jésus de sa Résurrection et par le don de l'Esprit Saint à la Pentecôte ( Ac 2,1-47 ), est une grande raison de croire.
Matthieu est ainsi devenu comme tous les autres un témoin intrépide du Christ, que rien ni personne n’a pu faire renier, et il a, lui aussi, scellé son témoignage par le martyre.
Son Évangile est un témoignage crédible, remarquable et véridique du Christ, rédigé à l'attention des juifs, qui montre tout particulièrement à quel point Jésus accomplit les prophéties et l’attente d’Israël.
Les restes et reliques de saint Matthieu sont aujourd’hui dans la basilique qui porte son nom, à Salerne, en Italie, et de nombreux miracles et guérisons sont attestés en ce lieu.
En savoir plus
Les Évangiles sont nés dans le contexte de la naissance de l’Église après la Pentecôte, c’est-à-dire dans le monde juif du 1er siècle. À l’époque, la culture mésopotamienne, la plus ancienne du monde, domine la région : c’est dans cette culture que sont nés l’écriture, le commerce et les premiers savoirs scientifiques (cf. numéro n° 99 de L’Histoire). La langue parlée en Israël au temps du Christ est l’araméen de l’empire parthe, la grande langue commerciale d’échange utilisée dans tout l’Orient, des bords de la Méditerranée à l’Inde, et sur toutes les routescommerciales de l’Antiquité.L’hébreu n’est qu’une langue liturgique (un peu comme le latin pour nous), et le grec est une langue internationale, mais surtout en Méditerranée, de même que le latin et le phénicien, même si les conquêtes d’Alexandre l’ont fait connaître aussi en Orient.
La vie de en Israël au temps du Christ est structurée autour de trois niveaux de la Torah : une pratique domestique quotidienne, comprenant des lectures et des prières ; la pratique à la synagogue où l’on se réunit surtout le jour du shabbat pour la prière, la lecture et les commentaires des Écritures (la Torah, divisée en 52 parties, permet une lecture continue tout le long des shabbat, de la Genèse au Deutéronome, en intégrant toutes les fêtes liturgiques juives) ; et une pratique liée au Temple, avec les six fêtes qui y sont célébrées sur le cycle d’hiver, d’octobre à juin, avec Rosh Hoshana, Yom Kippour, la fête des Tentes, la Dédicace du Temple, Pâques (Pessah) et Pentecôte (Shavouot), toutes liées aussi à des textes précis. Le cycle d’été, sans fête, est un peu l’équivalent de notre « temps ordinaire ». Chaque semaine, et pour chaque fête, une section de la Torah et un texte des prophètes sont proclamés. Il n’y a pas d’autres Écritures canoniques que la Torah, les prophètes et les psaumes.
La prédication du Christ s’appuie sur la vie liturgique d’Israël parcourant la Torah. Il se positionne par rapport à ces textes de la Torah et des prophètes lus dans les synagogues ( Lc 4,15 ) et au Temple. Il les commente et leur donne un développement messianique, qui se met en place en lien avec des dates, des lieux et des événements significatifs et bien précis. Par exemple, le dernier jour de la fête des Tentes ( Jn 7,2 ), quand le Christ parle au Temple des « fleuves d’eau vive » qui couleront de son sein ( Jn 7,37-38 ), c’est un commentaire direct des textes de Zacharie ( Za 14,8 ) et Ezéchiel ( Ez 47,1-12 ) qui sont lus ce jour-là. Ou encore, à la Synagogue de Nazareth, « selon son habitude » Jésus fait la lecture du prophète Isaïe, et il commente avec un développement messianique : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » ( Lc 4,16-21 ).
Après Jésus, les apôtres prêchent la Nouvelle Alliance dans un contexte juif.Tous les protagonistes sont israélites : les apôtres, les disciples, les convertis, les opposants, et tous vont à la synagogue en semaine et au Temple pour les fêtes, en participant aux mêmes offices. Les apôtres sont interrogés au tribunal suprême, le Sanhédrin, où Pierre et Jean donnent un témoignage juridiquement valable, et ils prêchent également sous la colonnade de Salomon, au Temple, ou en privé, oralement, de maître à disciple, selon l’exemple du Christ. Ils se concentrent sur cette prédication, comme « témoins » ( Ac 1,8 ) de tout ce qu’ils ont vu et entendu « depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où Jésus a été enlevé » ( Ac 1,22 ). En fonction des temps liturgiques, ils sont amenés naturellement à rappeler les enseignements du Christ qui correspondent, et c’est ainsi que se fixe très rapidement une catéchèse naturelle, orale, adossée aux lectures des Écritures saintes d’Israël, qui demeurent les seuls « écrits ».
L’enseignement des apôtres se met donc naturellement en place sur le rythme du calendrier synagogal pour, chaque dimanche, après chaque shabbat, rappeler les faits et gestes que le Christ avait posés en correspondances avec les lectures sabbatiques. Récemment, des chercheurs ont dit avoir montré que les Évangiles de Matthieu et de Luc sont en correspondance avec les textes synagogaux des huit mois du cycle d’hiver – l’Évangile de Marc pouvant, semble-t-il, être mis en correspondance avec les textes des quatre mois du cycle d’été –, ce qui induirait que les Évangiles synoptiques se sont constitués à partir des lectionnaires de la première Église – l’Évangile de Jean, structuré sur les fêtes du Temple, étant un enseignement complémentaire, destiné aux auditeurs déjà initiés. Ainsi, de même que Jésus enseignait aux foules en paraboles et expliquait tout en particulier à ses disciples ( Mt 4,34 ), et que Paul distingue les commençants à qui il faut donner « du lait » et ceux qui sont plus avancés, qui peuvent prendre « de la nourriture solide » ( 1Co 3,1-2 ), il y avait aussi naturellement de la part des apôtres un enseignement public général et un enseignement plus approfondi coordonné avec celui-ci (beaucoup ont bien noté qu’il y a clairement une répartition des récits : les Évangiles synoptiques ne parlent par exemple pas de la résurrection de Lazare, qui était un événement majeur, et l’Évangile de Jean ne dit rien de l’institution de l’Eucharistie, pourtant au cœur des événements de la Cène, rapportée par Jean avec de nombreux détails, ce qui montre que les deux enseignements sont bien coordonnés).
C’est ainsi que, selon le témoignage de saint Irénée, vers 180, « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église » (Contre les hérésies, III, 1,1). Eusèbe de Césarée (265 – 340) dans son Histoire ecclésiastique le confirme, ajoutant que, parmi les apôtres, « seuls Matthieu et Jean ont laissé des mémoires des enseignements du Seigneur. Et la tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité » (HE 3,24,5), c’est-à-dire que les apôtres privilégiaient l’enseignement oral, qui était la norme, mais que l’écrit pouvait suppléer en cas de nécessité (dispersion, départ en mission, persécution, etc.). « La Tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité. Matthieu, en effet, prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait . Alors qu’après cela Luc et Marc éditaient un Évangile par écrit pour les causes que nous avons dites précédemment (ils s’éloignaient de leur communauté), Jean, à ce que l’on dit, continuait sa prédication tout le temps sans mise par écrit. Finalement, il en vint aussi à écrire, pour la raison suivante. Alors que les trois Évangiles écrits précédemment avaient déjà été transmis chez tous (les fidèles) et chez lui aussi, il les reçut, dit-on en rendant témoignage de leur vérité. Mais il manquait à leurs écrits le seul récit des choses faites par le Christ dans les premiers temps et au début de sa prédication » (HE 3,24,8). Eusèbe de Césarée rapporte aussi qu’on dit qu’un certain Panthène, « allé jusqu’en Inde […] trouva sa venue devancée par l’Évangile de Matthieu chez certains indigènes du pays qui connaissaient le Christ. À ces gens-là, Barthélémy, l’un des apôtres, aurait prêché et il leur aurait laissé l’ouvrage de Matthieu écrit en lettres hébraïques, qu’eux auraient conservé jusqu’au temps où nous parlons » (HE 10,2) et il y a plusieurs autres témoignages comparables.
L’Évangile de Matthieu qui s’adresse aux juifs est donc certainement le premier Évangile composé et diffusé, comme l’enseignait déjà, en 1911, la Commission biblique du Vatican, en se prononçant sur des questions liées à ce sujet : « Faut-il considérer comme suffisamment fondée par la voie de la tradition l’opinion selon laquelle Mathieu a précédé dans sa rédaction les autres évangélistes et qu’il a composé le premier Évangile dans la langue maternelle alors utilisée par les juifs de Palestine ? Réponse : "oui", pour les deux parties » (Denzinger n°3562) ; et « s’agissant de l’ordre chronologique des Évangiles, est-il permis de s’éloigner de l’opinion corroborée par le témoignage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Mathieu qui, le premier de tous, composa son Évangile dans la langue maternelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troisième. Ou faut-il d’un autre côté considérer comme contraire à cette conception l’opinion qui affirme que le deuxième et le troisième Évangile ont été composés avant la traduction grecque du premier Évangile ? Réponse : " non ", pour les deux parties ». La Commission précise aussi que l’Évangile de Matthieu « ne suit pas toujours l’ordre chronologique » (Denzinger n°3566), ce qui est logique caril est calé sur une seule année liturgique. Comme l’ont remarqué aussi plusieurs Pères de l’Église, il n’y a qu’une seule montée du Christ vers Pâques, alors qu’il y est allé bien sûr chaque année au cours des trois années de sa vie publique. Matthieu est aussi, naturellement l’Évangile qui s’adresse le plus aux juifs car, dans les premières années de la prédication, tous les protagonistes, apôtres, disciples, opposants, enseignants et auditeurs, sont tous juifs. Les apôtres suivent le commandement du Christ qui leur avait demandé d’être d’abord ses témoins « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie » avant de l’être « jusqu’aux extrémités de la Terre » ( Ac 1,8 ).
La meilleure compréhension que nous avons aujourd’hui du processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu donne de nouveaux arguments sur la fiabilité et la rapidité de la genèse de ces textes. Il est clair qu’à chaque fois qu’un miracle ou un événement marquant se produisait, les disciples et les témoins le racontaient des dizaines de fois : « Alors, il a pris cinq pains et deux poissons et… » et tous ceux qui ont fait l’expérience de ce genre de transmission savent que, dans ces conditions, les récits se précisent et se fixent très vite. C’est encore plus vrai dans une culture orale, qui est celle du monde juif après l’Exil, bénéficiant des techniques mésopotamiennes de composition et de mémorisation des textes. Et le Christ lui-même veillait avec toute l’attention, le savoir-faire d’organisation, et la méthode du peuple juif (cf. tout l’Ancien Testament) à ce que la prédication soit précise. Ensuite, les apôtres ont répété cent fois tous les faits et gestes de Jésus dont ils avaient été témoins, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé » ( Ac 1,21-22 ), et tous ces enseignements ont donc été naturellement et définitivement fixés très tôt, dès les premières années de prédication, à Jérusalem et en Israël, dans les années 30. Il s’agissait au début de commenter les Écritures tout au long de l’année liturgique, et ces récits n’ont été écrits et diffusés sous forme d’Évangile que plus tard, en fonction des besoins et des nécessités, quand les persécutions et les missions ont conduit les apôtres à se disperser et s’éloigner.
De son côté, Matthieu, qui était probablement de la tribu de Lévi, est, selon la tradition, parti prêcher sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie. Au temps du Christ, le peuple juif comptait, selon les estimations, entre 4 et 8 millions de personnes, qui se répartissaient en gros pour moitié en Israël et pour moitié dans une diaspora gigantesque et unique au monde, présente dans toutes les régions du monde antique, de la Chine à l’Angleterre, avec des communautés particulièrement importantes à Rome, en Égypte et en Mésopotamie. On estime que les Juifs représentaient entre 5 à 10 % de l’Empire romain, ce qui en faisait une communauté importante et influente. De grandes routes commerciales traversaient le monde antiqueautour d’Israël, qui occupe une position centrale sur les « routes de la soie » notamment, de la Méditerranée à la Chine, mais aussi sur les « routes de l’encens » vers la péninsule Arabique et l’Afrique, et sur la « route de l’étain » vers l’Espagne, l’Europe occidentale et l’Angleterre. Les Juifs en sont les principaux organisateurs : ils font fonctionner le commerce de la Chine à l’Espagne en s’appuyant sur leur diaspora. Leurs circuits commerciaux antiques étaient très organisés et permettaient l’échange et le commerce d’épices, de textiles, de pierres précieuses, de métaux précieux, de technologies et le partage d’idées religieuses et philosophiques, et les apôtres se servent de ces connexions pour la diffusion de l’Évangile.
Finalement Matthieu donnera le témoignage du martyr, en 61, à Naddarer, au sud de l’Égypte. Selon la vénérable tradition que rapporte le martyrologe romain, les Virtutes Apostolorum (VIe siècle) et La Légende dorée (XIIIe siècle), il fut secondé en Éthiopie par l’eunuque de Candace, la reine d’Éthiopie, dont parlent les Actes des Apôtres ( Ac 8,26-39 ). Deux sorciers, Zaroès et Arfaxar, annoncèrent au roi qu’ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l’eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le sauver. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays. Le roi suivant, Hyrtaque, voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eut envoyé un de ses soldats passer l’apôtre au fil de l’épée. Son corps fut transféré à Salerne, en Italie, où une basilique qui porte son nom fut érigée autour de ses reliques : c’est aujourd’hui un important lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles et guérisons y sont recensés. En 2014, le pape François a ordonné une étude scientifique des reliques pour confirmer leur authenticité. Les résultats de l’étude n’ont pas été rendus publics, mais le pape François a confirmé que les reliques étaient bien authentiques.
Matthieu a été célébré par le Caravage qui, dans son tableau très connu (cf. notre illustration), fait bien comprendre à quel point est surprenant le choix de Matthieu, le publicain, par le Christ pour être un de ses plus proches – un des Douze –, et c’est pourquoi le thème de la miséricorde est aussi si fort et si présent dans tout l’Évangile de Matthieu : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : "Je veux la miséricorde, non le sacrifice." En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (cf. Mt 9,9-13 ).
1000 raisons d’y croire - Olivier Bonnassies
Au delà
L’Évangile de Matthieu est, comme tous les Évangiles, à lire et à méditer car la parole de Dieu parle d’elle-même. Comme le dit le Christ, ses brebis « reconnaissent sa voix » ( Jn 10,26-27 ).
XXX - Envie
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Litanies de la Vierge Marie
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Notre-Dame des Douleurs et le mystère de la souffrance
Ce titre marial honore les sept Douleurs que Marie a éprouvées, selon les Évangiles. Il nous permet de méditer sur la façon dont ces Douleurs l’ont fait participer, dans sa maternité si éprouvée, à la mission de rédemption du Christ.
Les sept Douleurs de Marie se réfèrent à sept moments douloureux de la vie de la Vierge Marie. Elles sont intimement liées à sa maternité, et donc à la mission rédemptrice du Christ. Trois d’entre elles ont lieu pendant l’enfance de Jésus, les quatre autres sont liées à sa Passion.
Le saint vieillard Siméon, lors de la Présentation de Jésus au Temple, lui prédit qu’un glaive transpercera son cœur ;
Elle a vécu avec Joseph et l’Enfant Jésus la fuite en Égypte ;
Pendant trois jours, elle a cherché l'enfant Jésus avec saint Joseph, et l’a retrouvé dans le Temple ;
Elle a rencontré Jésus portant sa croix alors qu'il montait au Calvaire ;
Elle est restée debout, silencieuse, au pied de la croix, regardant Jésus crucifié et assistant à son agonie ;
Elle a reçu dans ses bras Jésus mort, descendu de la croix ;
Elle a assisté à l'ensevelissement de Jésus et à sa mise au tombeau.
La méditation de ces Douleurs de Marie nous fait entrer dans la profondeur de son amour maternel, comme dans les douleurs que Jésus a éprouvées lors de sa Passion. Elle nous permet aussi de comprendre le rôle essentiel de la Vierge Marie dans le mystère du salut, et de comprendre la façon dont toute souffrance prend sens lorsqu’elle est orientée vers Jésus et vers Marie.
À méditer ...
« Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras »
Qu'elle est grande la bonté du Christ ! Pierre a été pêcheur, et maintenant un orateur mérite un grand éloge s'il est capable de comprendre ce pêcheur. Voilà pourquoi l'apôtre Paul dit en s'adressant aux premiers chrétiens : « Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous il n'y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages... Ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose » (1Co 1,26-28).
Car si le Christ avait choisi en premier lieu un orateur, l'orateur aurait pu dire : « J'ai été choisi pour mon éloquence ». S'il avait choisi un sénateur, le sénateur aurait pu dire : « J'ai été choisi à cause de mon rang ». Enfin, s'il avait choisi un empereur, l'empereur aurait pu dire : « J'ai été choisi en raison de mon pouvoir ». Que ces gens-là se taisent, qu'ils attendent un peu, qu'ils se tiennent tranquilles. Ils ne seront pas oubliés ni rejetés ; qu'ils attendent un peu, parce qu'ils pourraient se glorifier de ce qu'ils sont en eux-mêmes.
« Donne-moi, dit le Christ, ce pêcheur, donne-moi cet homme simple et sans instruction, donne-moi celui avec qui le sénateur ne daigne pas parler, même quand il lui achète un poisson. Oui, donne-moi cet homme. Lorsque je l'aurai rempli, on verra clairement que c'est moi seul qui agis. Certes, j'accomplirai aussi mon œuvre dans le sénateur, l'orateur et l'empereur..., mais mon action sera plus évidente dans le pêcheur. Le sénateur, l'orateur et l'empereur peuvent se glorifier de ce qu'ils sont : le pêcheur, uniquement du Christ. Que le pêcheur vienne leur enseigner l'humilité qui procure le salut. Que le pêcheur passe en premier. »
Saint Augustin (354-430)
« Celui entre vous qui est le plus petit, c'est celui-là qui est grand »
« Venez, dit le Christ à ses disciples, et apprenez de moi », non pas certes à chasser les démons par la puissance du ciel, ni à guérir les lépreux, ni à rendre la lumière aux aveugles, ni à ressusciter les morts...; mais, dit-il, « Apprenez de moi ceci : que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29). Voilà, en effet, ce qu'il est possible à tous d'apprendre et de pratiquer. Mais de faire des signes et des miracles, cela n'est pas toujours nécessaire, ni avantageux à tous, et n'est pas accordé non plus à tous.
C'est donc l'humilité qui est la maîtresse de toutes les vertus, le fondement inébranlable de l'édifice céleste, le don propre et magnifique du Sauveur. Celui qui la possède pourra faire, sans péril d'élèvement, tous les miracles que le Christ a opérés, parce qu'il cherche à imiter le doux Seigneur, non dans la sublimité de ses prodiges, mais dans la vertu de patience et d'humilité. Par contre, pour celui qui est impatient de commander aux esprits immondes, de rendre la santé aux malades, de montrer aux foules quelque signe merveilleux, il peut bien invoquer le nom du Christ au milieu de toute son ostentation ; mais il est étranger au Christ, parce que son âme orgueilleuse ne suit pas le maître de l'humilité.
Sur le point de retourner à son Père, voici le legs que le Seigneur a fait à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » ; et il ajoute aussitôt : « C'est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jn 13,34-35). Il est bien certain qu'à moins d'être doux et humble, on n'observera pas cet amour.
Saint Jean Cassien
« Je te suivrai partout où tu iras »
De nombreux décrets interdisent d'entrer en Chine... Mais en dehors des périls de la prison et de la maltraitance, il en existe d'autres, bien plus grands, qui passent inaperçus pour les gens du pays...
En premier lieu, la perte de l'espoir et de la confiance en Dieu, quand c'est pour son amour et son service que nous allons faire connaître sa Loi et Jésus Christ son Fils, notre Rédempteur et Seigneur, comme il le sait bien. Puisque, par sa sainte miséricorde, il nous a communiqué ces désirs, manquer maintenant de confiance en sa miséricorde et son pouvoir, vu les périls que nous pouvons courir pour son service, est un péril incomparablement supérieur aux maux que peuvent nous causer tous les ennemis de Dieu. Si cela importe à son plus grand service, Dieu nous gardera de tous les périls de cette vie... C'est pourquoi, nous avons pour sécurité la parole du Seigneur : « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra, et celui qui la perdra pour Dieu la trouvera » (Jn 12,25). Et cette autre, semblable : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au Royaume de Dieu ».
Pour nous, considérant ces périls de l'âme, très supérieurs à ceux du corps, nous trouvons plus sûr et plus certain d'affronter les périls corporels... Ainsi, de quelque manière que ce soit, nous sommes déterminés à aller en Chine.
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LA RÈGLE DE SAINT-BENOÎT
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